04.12.2007

Cold, so cold...

The sun is beginning to set. The reddish light that still manages to pierce the thick cloud cover does not reach very far in the common room where all huddle together to try and get some heat.Today a decision has to be made. Should they leave and walk south, to the mythical warm regions near the equator ? Or should they begin to delve in, to bury themselves into the earth’s core, fleeing cold and light alike, in the hope of insulating themselves from the ever bitter cold of the nearly perpetual night ?Many years have passed since the Big Change. Few remember the times when light came from electric bulbs or fluorescent tubes. Fewer yet are those who remember the sea, or the sight of the sun in a clear blue sky. In the end it will not matter. No decision will save them. There are no miracles. It is just a question of time before all we be frozen, from the earth’s surface to the deepest holes they will be able to dig. But no one will admit it. No one will surrender. They are Men. They will not let themselves be ruled by the laws of nature, they will hope until the last moment, they will fight and cunningly devise artifice upon artifice, to win some time, some life, some light. All know why it has to be that way. And yet there will be no harsh words, no resentment. Because cursing their forefathers will not bring back the sun or make the waters flow again. There once was a priest here. He told them that there is a God somewhere and everywhere, and that God created them in his image. That day they cried. That day they knew that hope was even thinner than what they thought.How can you hope when you hear that your creator is a vicious liar, an egoist killer, a cynical sex-obsessed hypocrit with no conscience ? Like all men… In his own image…So they killed the priest. It did not take away the fear but at least they ate fresh meat. The sun is beginning to set. A little girl is playing in the ashes of a fire that has burn a long time ago. With a piece of coal she scratches randomly the walls. She does not know it, but she is writing numbers all over the place … 666…. 666… 666. 

20:04 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

26.04.2007

Kap’tain HeroiK’s dream…

The Kap’tain in't really asleep.

His breath is heavy and nervous, he’s got sweat dripping from his forehead.

He thinks he’s dreaming, but cannot be sure of that. Even in the deepest of his sleeps he knows he coul be dreaming of a dream! Someone told him that we dream in black and white. The Kap’tain doubts that, even more since that person is too young to ever have known B/W television! On the other hand, maybe the Kap’tain is just dreaming he’s dreaming of colours? But that doesn’t really matter. Only the Earth matters, and the Kap’tain has to save the world again!

 

Mars is the source of all evil.

Don’t believe the NASA: Mars is alive and the ruling race there has only one goal: conquer the earth. And that’s why unsuspecting earthlings are doomed to be crushed and burned by enormous fireballs launched from Mars, set to hit our (nearly) blue planet and scorche us all to cinders. It is a political move, since marsmen don’t master the technique of inhabited interplanetary flights (yet), and a good move, since it will enable High President D^giiidblu Bughhhz (would sound like that if there was a little more air on Mars) to win another 75 years term of public ( ?) service (Note of the translator… “sevice” ???).

 

In Cape ‘g Naahvrahl, The High President and his Minister of Wars congratulated fiercely at the sight of the perfect launch of  a few thousand enormous flaming, scorching, irradiating, radioactive, poisonous hot-red artificial meteors, precisely, inhumanely and lethally aimed at our home world.

 

The Kap’tain isn’t dreaming. He already feels the hot breath of meteoritic death upon his burning skin. Dream or n dream, he suddenly leaps out of bed, immaculately dressed in his super-resistant costume, the only protection of his anonymity.  With a single leap he flies out of the window and soars like an arrow of fire against the darkened sky.

The danger nears, the Kap’tain flies: already the crowds mass up in the squares and public areas, watching with growing awe as fireballs fill the skies. Panic breaks out, everyone tries to flee but there is no escape! Churches are once again filled with last-minute worshippers, bridges bend under the weight of would-be suicidees, but the kap’tain HAS to save the world!

 

It takes him hours, it takes him days, the Kap’tain sweating under the strain, his pyjama’s slowing him down, cumbersome and wet from the sweat. But in the end all fireballs are hit like melons with his mighty fist, send back into space like so many softballs, harmless but to passing flying saucers.

 

And with a last burst of his mental energy, the Kap’tain erases all memories of those events from mankind’s mind, so that erveryone can keep sleeping peacefully.

 

The Kap’tain saved the world again…. But is the world worth saving?

06:36 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

07.04.2007

Graffitis

Le premier jour, Jean ne remarqua pas tout de suite les traits de craie sur le papier blanc qui tapissait la salle de réunion. La première pensée qui lui traversa l’esprit fut « Tiens, un graffiteur timide ! ».

Il ne chercha même pas à déchiffrer le dessin ou l’inscription, rangeant immédiatement l’incident dans son arrière-mémoire, au milieu de tous les non-événements de la journée.

 

Le second jour, son regard se porta automatiquement vers le mur blanc en entrant dans la salle. Il constata que les traits étaient toujours présents, ce qui ne l’étonna naturellement pas du tout. Ils étaient peu visibles d’une part, et l’équipe de nettoyage surchargée avaient certainement des tâches plus urgentes à remplir. Et puis, quelqu’un en dehors de lui-même avait-il vu les traces ? Et averti le service de nettoyage ? Pas lui en tout cas…

Cette fois pourtant, seul dans la pièce en attendant ses interlocuteurs, il essaya de suivre du regard le dessin afin de deviner ce qui était là dessiné ou écrit. Un trait, deux traits, un genre d’étoile complexe ? Un logo de la R.A.F., avant-coureur de la pose d’une bombe ? Un cercle, une étoile certainement, mais aussi des signes trop petits pour être déchiffrés car le trait de craie était trop gros, trop irrégulier.

Toujours seul, il saisit un chiffon de papier destiné au nettoyage du tableau blanc et frotta le mur.

 

Le troisième jour, le mur portait des traces de griffes. Le dessin à la craie effacé avait fait place à des traits grattés dans la surface du papier, arrachant ci et là l’un ou l’autre éclat de bois inclus sous la surface du papier structuré et laissant apparaître la couleur écrue de la couche de papier inférieure.

« Vandalisme ? » pensa-t-il immédiatement.

Puis il constata que maintenant il pouvait lire les caractères illisibles la veille lorsqu’ils étaient tracés à la craie. Autour d’un pentagramme inclus dans un cercle double, quelque caractères ésotériques, sans doute des signes zodiacaux, mais également quelque mots en anglais : Help me out, please ?

Aider quelqu’un à sortir ? Qui ? Sortir d’où ? Quelle mauvaise plaisanterie !

Pourtant, connaissant le sérieux et le manque d’originalité de ses collègues, Jean hésita avant de classer ces inscriptions dans la case « à oublier » de sa mémoire. Impulsivement, il saisit un crayon et inscrivit «HOW ? » en dessous de la phrase d’origine. Il glissa un flipchart devant le graffiti et sortit de la pièce. Il était déjà tard, Jean était une des dernières personnes présentes. Il ferma la porte à clef et empocha cette dernière.

 

Le quatrième jour, en allant chercher son café, Jean ouvrit la porte, une gomme à la main, bien décidé à effacer sa question  de la veille. Il écarta le flipchart et sursauta : de nouveaux mots avaient fait leur apparition durant la nuit, apparemment tracés à l’aide d’une pierre pointue ou d’un objet similaire. La moitié du mur était couverte d’instructions précises, en anglais.

Please ? In the darkness light 7 fires, wait f midnight, invoke BATHIM 3 times. STAY IN A CIRCL

Il remit le flipchart en place, nota les mots sur une feuille de papier et quitta discrètement les lieux.

Une excitation d’adolescent avait envahit Jean. Qui était celui qui jouait ainsi avec lui ? De toute façon cela devait être quelqu’un qui possède une clef du local de réunion et qui était soit parti plus tard que lui. Ou alors quelqu’un qui venait d’arriver avant lui.

Durant la journée, Jean parcourut discrètement la totalité des fichiers de la pointeuse et établit une liste des « suspects potentiels ». Ils n’étaient que trois sur cette liste, et aucun d’entre eux n’était susceptible de posséder une clef du local. Aucun d’eux n’était d’ailleurs à son avis susceptible de ce genre de plaisanterie.

 

Le cinquième jour, seul un mot supplémentaire barrait le restant du mur: « PLEASE ? »

 

Cela allait nettement trop loin pour la curiosité de Jean.  Il décidé de rester ce soir-là jusqu’à ce que son interlocuteur caché se montre. Pendant l’heure du midi il acheta des bougies afin de pouvoir rester caché dans le noir. En effet, l’éclairage de la salle de réunion était commandé par l’interrupteur commun à tout le plateau et il risquait de se retrouver dans le noir. Il avait bien tenté de trouver un lampe torche mais le quartier ne s’y prêtait pas, il avait du se contenter de ce que l’épicerie voisine avait à lui offrir.

 

Quelques minutes après l’extinction des lumières par le concierge, il gratta une allumette et alluma sa première bougie chauffe-plats. Il en alluma toute une série pour accroître quelque peu la quantité de lumière et lu un peu pour passer le temps. A minuit, il se dit que plus rien ne se passerait. Il se demanda –un peu tard sans doute- comment il pourrait bien faire pour quitter discrètement le bâtiment qui devait à cette heure plus que certainement être fermé. Réveiller le concierge ? Impensable. Il se résigna donc à devoir passer toute la nuit dans ce bureau.

Dans sa poche, il retrouva le papier sur lequel il avait recopié les instructions actuellement cachées par le flipchart. Ce papier, qu’il avait plié pour le glisser en poche, laissait uniquement apparaître les mots BATHIM 3 times.

Cela le fit sourire en pensant au film Beetlejuice.

Il prononça donc trois fois le mot « Bathim », avec emphase.

Dans un éclair aveuglant, un homme hirsute apparut, copie conforme du Robinson Crusoë qui illustrait les livres de son enfance. Cet homme se précipité vers la table et les sept bougies allumées et entreprit de les souffler. Avant de souffler la dernière il se retourna et s’écria à la vue de Jean : « You fool ! The circle, where is the circle ? »

Jean eut à peine le temps de penser « Quel cercle ? » lorsqu’il ressentit une impression affreuse de chute libre. Le noir l’entoura quelques secondes et il tomba brusquement par terre, dans un éclat de lumière.

Il n’était plus dans la salle de réunion mais dans un genre de grotte ou de caverne illuminée par les reflets rouges et sanglants d’une coulée de lave sinueuse en son centre. Par terre, un pentagramme était tracé, ainsi que les mêmes mots qu’il avait lus sur le mur blanc.

Autour de lui, des pierres, des ossements, les vestiges d’un campement ravagé par quelque catastrophe souterraine.

 

Un ombre se profila sur la paroi devant lui, un grondement de bête retentit.

 

L’ombre, à silhouette presque humaine, portait deux grandes cornes sur la tête.

12:52 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

02.03.2007

Le Maître de la tour

Le Maître de la Tour est songeur.

Cela fait bien longtemps que personne n’a osé s’aventurer dans la Tour, et pourtant un jeune fou vient de braver l’interdit. Bientôt il va mourir. Il va connaître les affres de la fin, de l’eau glacée qui envahit les poumons, se débattre un court instant, et la conscience le quittera dans un déchirement angoissé.

C’est le rôle du Maître de la Tour que de faire en sorte que les fous qui croient encore dans le bonheur absolu, dans l’extase infinie, dans l’illumination suprême, comprennent l’horreur de la Tour. C’est son rôle et son destin. Il ne peut y échapper, pas plus que l’aventurier qui a poussé la lourde porte de la Tour ne peut échapper à son sort. Mais pour ce jeune fou, la mort aura été une courte épreuve, une transition, un nouveau départ. Pour le Maître il n’y a pas de fin, pas de rêve, pas de mort.

sauroneye

 

Il y a tellement longtemps que les Mages de Züur sont partis à la recherche du bonheur absolu, que peu de gens s'en rappellent encore. Ces Mages, dans leur volonté de libérer la race humaine de ses contraintes et de ses malheurs, conjurèrent les dragons pour leur arracher par la force de leur magie le secret du bonheur. Les dragons sont des êtres redoutables et secrets, des adversaires rusés et pervers. Ils connaissent les secrets des mondes humains et du temps, ils voyagent entre les univers, ils tissent les destins et détiennent tous les trésors. Il fallu des siècles aux Mages de Züur pour conjurer un dragon assez puissant pour leur donner ce qu’ils cherchaient mais assez faible que pour succomber à leurs incantations. Bien des Mages moururent lors de la conjuration, certains brûlés par la force du sortilège et des feux de sorcellerie, d’autres calcinés par les flammes jetées par le dragon qui se débattait dans le filet des sorts et des enchantements tissés autour de lui.

C’est ainsi que les Mages obtinrent le grand secret et qu’ils purent organiser le dernier Grand Festival. L’histoire des Hommes a gardé sous bien des formes la mémoire du désastre qui s’en est suivi. Il fallu aux Mages des années de recherches et de nombreux sacrifices pour effacer des mémoires la clef du Bonheur Suprême et sauver ainsi la race de l’Homme. Dans leur candeur, les Mages avaient pensé que le bonheur était fait pour l’Homme et l’Homme pour le bonheur. Mais les Hommes qui avaient activé la clef n’avaient plus d’yeux ou d’oreilles pour le monde. Cloîtrés dans leur extase, ils étaient devenus étranger au temps et à l’espace, se laissaient mourir sur place, tout besoin corporel étouffé par leur bonheur intérieur. Les Mages avaient été trompés par le dragon !

Il avait fallu des années et bien des sacrifices pour gagner le secret du Bonheur, mais il fallut des décennies et des milliers de morts pour l’effacer des mémoires humaines, pour rétablir sur terre le droit de la vie.

Il n’était pas possible d’effacer toute trace de cette connaissance, mais le grand Maître de l'Ordre de Züur avait réussi avec ses disciples à l'emprisonner dans une gemme noire, l’Aar. Si les hommes n’avaient plus connaissance du désastre évité, beaucoup d’entre eux restaient en quête du bonheur. Les Mages et les Sorciers, alliés sur ce point, considéraient que les forteresses humaines de pierre et de fer n’étaient pas suffisamment solides pour abriter un si lourd secret, d’autant plus que dans le Sud, les Gardes signalaient de plus en plus fréquemment des feux de dragons.

Alors les Mages et les Sorciers, dans la dernière collaboration qu’ils connurent, conjurèrent la Tour, au prix de leur existence. Et cette Tour a survécu à des milliers de générations, tout comme le Maître de la Tour. Le Maître de la Tour est le gardien de l’Aar.

La Tour est un endroit en-dehors du monde, reliée à ce dernier par la Porte, illusion de pierre, fer et bois cachée au plus profond des dernières forêts du Nord, au pied des Monts d'Argent. La Tour vibre en phase avec le concept de la recherche du bonheur absolu, et reste invisible au commun des mortels. Mais toute personne qui pense avec suffisamment de force au bonheur universel devient consciente de son existence et, telle un papillon attiré par la flamme, n'a plus qu'un seul but dans la vie: atteindre la Tour.

Au sommet de la Tour, une cage de fer abrite l'Aar, sous les yeux de son immortel gardien. Lui seul sait comment libérer le secret, il lui suffirait pour cela de toucher la pierre et de fermer les yeux. C'est pour cela que les Mages et les Sorciers, lors de la conjuration de la Tour, ont placé le gardien hors de sa portée.

Et le Maître de la Tour, de ses yeux dépourvus de paupières, peut tendre la main vers l'Aar mais n'arrivera jamais à l'atteindre, lui dont les jambes de pierre sont scellés par le plomb dans la pierre de la Tour.

13:09 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

26.02.2007

Panne de courant

Ca y est! Les plombs ont à nouveau sauté, cette fois-ci à cause de l'orage. La foudre est tombée près de la maison, plusieurs ampoules ont sauté et les plombs ont suivi dans la joie et dans la bonne humeur!

Heureuse de ne pas avoir encore été dans le bain, Frédérique tâtonne dans le noir, avec courage et prudence, à la recherche de la boite à fusibles sur le palier plongé dans le noir. Ses doigts reconnaissent le couvercle de Bakélite de l'antiquité utilitaire, le bouton noir à dévisser (sans le laisser tomber). Le couvercle se soulève, démontrant le manque de sens pratique du concepteur du boîtier. Au départ Frédérique pensait que l'électricien de l'époque - dans les années 30 - avait placé le foutu truc à l'envers, mais le logo sur le couvercle démontrait clairement que c'est le fabriquant qui avait été un petit plaisantin. Tenant d'une main le couvercle, de l'autre elle tâtonne (encore plus prudemment) pour réarmer les fusibles automatiques. Rien. Rien de rien. Il faut donc aller à la cave, le plomb général a dû sauter.

Maudissant l'obscurité, Frédérique descend lentement l'escalier, évitant du bout des orteils les plantes et autres objets décoratifs qui l'encombrent par endroit. Au rez-de-chaussée le sol devient froid sous ses pieds nus, et elle doit prendre la décision de soit remonter dans le noir trouver pantoufles ou chaussures, soit continuer pieds nus vers la cave. L'escalier de la cave, caché sous celui qui mène aux étages par une paroi de bois foncé aux vitre martelées, n'est pas vraiment celui qu'elle nettoie le plus souvent. Et le sol de la cave est de briques rouges et rudes. Et elle ne sait absolument pas ce qui peut se trouver sur son chemin dans cet endroit dont l'obscurité sera certainement encore plus obscure que le noir intégral du rez-de-chaussée.

Tant pis, pas question de faire marche arrière, direction la cave!

Sous la plante de ses pieds, Fred sent des aspérités diverses dont elle espère que ce ne sont que des gravats et poussières. Elle s'imagine un court instant marchant sur une armée d'araignées, cloportes et autres cafards. Elle en frissonne. Elle chasse de sa pensée les peurs d'enfance qui essayent d'envahir son esprit. Elle balaye d'une pensée positive les loups-garous, les fantômes et autres monstres. Enfin, presque tous car Freddy aux doigts acérés refuse de la laisser tranquille.

Au pied de l'escalier, elle essaye de se remémorer l'emplacement du compteur électrique. Mais pourquoi donc n'y a-t-il pas au début de l'escalier, dans la niche presque prévue à cet effet, une boite d'allumettes et une bougie? "Parce que tu les as utilisés lors de ton premier dîner aux chandelles improvisé, pauvre biesse! Et tu t'étais promis de les remplacer et tu ne l'as jamais fait, paresseuse!" répond Freddy dans sa tête. Là c'en est trop et Freddy prend un pain dans le nez avant de disparaître.

En toute logique, le couloir qui mène au compteur est tout droit. Frédérique avance donc de trois pas… et se cogne le front à ce qui pend si durement du plafond. Au toucher cela semble être un robinet, elle n'y touchera donc pas, on ne sait jamais. Jouer à l'électricien, d'accord, mais pour la plomberie, pas question. Pas question non plus d'examiner en détail ce qui lui caresse actuellement les cheveux et lui chatouille le front!

Frédérique avance la main avec la totalité des qualités du néophyte candidat électricien dans le noir absolu qui se souvient qu'on ne peut pas toucher impunément un fil électrique sous tension, que des fils de ce type sont là, droit devant, et qui oublie que les toucher lentement ou rapidement c'est toucher quand même.

Miracle! Ses doigts ont trouvé du premier coup le boîtier de Bakélite (encore) et les petits leviers qu'il suffit de relever.

Et la lumière fut.

Devant les yeux de Frédérique, le disque du compteur s'est mis à tourner. Rageusement, elle débarrasse sa tête des toiles d'araignée qui pendent jusque devant ses yeux et court vers les étages. Elle sent qu'elle a besoin d'un bain pour se remettre. Elle monte quatre à quatre les escaliers jusqu'à la salle de bain du 4ème étage, jette ses vêtements dans la direction générale du panier à linge au fond de la chambre, et donc à près de dix mètres de là, et plonge dans la baignoire en éclaboussant le sol de granito. Elle plonge rapidement sa tête dans l'eau, arrose généreusement de shampooing à la camomille, et fait mousser jusqu'à ressembler à une image négative de Michaël Jackson du temps des Jackson Five avec une grosse boule afro toute blanche sur la tête.

Dans un grand claquement suivi d'un déchirement du ciel, la foudre frappe.

Les plombs sautent.

Frédérique est nue dans son bain, vêtements hors de portée, sans chaussures, dans le noir, et à ce moment elle se souvient qu'elle n'a pas encore sorti une nouvelle serviette de bain de l'armoire, là-bas au fond de la chambre.

Et le bruit que l'on entend maintenant est celui de la porte du jardin, en bas, qu'elle était persuadée d'avoir fermée cet après-midi.

La première marche de l'escalier craque.

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12.02.2007

Le Nettoyeur de rêves

Il ne se rappelle plus de son âge, mais cela n’a pas d’importance. Il vit en permanence dans un monde de brumes, entre éveil et sommeil, entre la nuit et le jour.

dreampolice

Le nettoyeur de rêves veille au grain. Lorsque vous vous réveillez, il vous arrive certainement de vous souvenir d’avoir rêvé. Mais les détails de ces rêves sont-ils vivaces et clairs ? Photographiques ? Non, le plus souvent ils sont vagues, brumeux, imprécis. C’est le nettoyeur de rêves qui est passé par là, pour éviter que votre vie consciente ne soit trop influencée par vos visions nocturnes.

Il ne s’agit pas seulement de vous délivrer du poids de vos cauchemars, d’exterminer les monstres qui vous ont guetté dans l’obscurité. Les songes sont sources de bien plus grands dangers que le souvenir des frissons nocturnes ou de froides sueurs de frousse.

Les rêves sont parfois aussi des fenêtres ouvertes sur l’avenir. Si vous avez rêvé du tirage de la lotterie ou des cours de la bourse, il serait injuste de vous laisser utiliser cette connaissance dans un but personnel ! Si vous avez rêvé d’un trépas prochain, il serait dangereux et cruel de vous laisser prévenir ladite personne. Elle aurait tendance à prendre des précautions, à éviter par exemple de prendre le train ou l’avion. Ce faisant elle changerait le cours de l’histoire déterminé par les instances supérieures et engendrerait une masse de travail supplémentaire incroyable pour les esprits chargés de l’écriture du script de la vie dont nous ne sommes finalement que les acteurs bien involontaires.

Les rêves enfin peuvent être simplement gênants. Qu’ils aient un accent érotique ou non, ceux qui impliquent des collègues ou des amis pourraient vous trotter en tête et influencer votre attitude. Ce serait malvenu. Ce serait aussi improductif. Le nettoyeur de rêve doit faire place nette pour permettre aux petits tracas journaliers de prendre leur place!

Parfois, le nettoyeur arrive trop tard. Vous vous êtes réveillé trop brusquement, et là le rêve est clairement présent dans votre mémoire. Notez-le vite, car le nettoyeur arrive ! Si vous n’avez rien noté, il va frotter, frotter, et bientôt ce rêve-là aussi sera effacé.

Vous ais-je parlé du réveilleur de libido ?

19:49 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

11.02.2007

Le Vol du Dragon

dragon en vol

L’air vibre sous les ailes du grand serpent. Ces ailes sont faites d’un cuir souple et solide, irrigué par un réseau extrêmement fin de veines qui dessinent par transparence deux arbres noirs dans le ciel. Contrairement aux ailes des oiseaux dont les plumes causent un sifflement léger, les ailes du Dragon soufflent, vibrent et ronflent au rythme lent du battement des ailes. A chaque pulsation c’est comme le grondement sourd annonciateur d’une avalanche, suivi d’une aspiration cinglante lorsque les ailes s’élèvent vers le soleil.
Le son oppressant résonne au flanc des montagnes glacées, amplifié par l’écho. Les poitrines des bergers résonnent à l’unisson du vol puissant du maître des nuées, leurs chiens courent en aboyant à la poursuite des moutons affolés par la présence du grand prédateur.
Le Dragon s’élève vers le soleil, désireux de trouver au-dessus des nuages bas, accrochés aux cimes, les courants d’air chaud qui vont lui permettre de planer et de profiter de la chaleur des rayons de l’étoile jaune. 
Son vol est sans effort, et ne lui procure donc également aucune chaleur. Il puise la force de ses muscles dans le Zu-maar, dans la magie. Lorsqu’il survole les puits alimentés par les charmes des sorciers, les sources se tarissent pendant quelques heures. Lorsqu’il plane la nuit au-dessus des campements des marchands, les lumières baissent ou s’éteignent. Lorsqu’il apparaît sur le champ de bataille, les loups redeviennent sauvages et s’enfuient, les mages et les sorciers deviennent impuissant à contrôler leurs sorts. Et lorsqu’il crache le feu, c’est le ciel tout entier qui s’obscurcit, comme s’il devenait un court moment imperméable aux rayons de l’astre du jour ou des étoiles immortelles.
Le dessin des veines sous la peau de ses ailes est unique. Mais bien peu d’hommes sont à même de les reconnaître car bien peu d’entre eux ont eu l’occasion d’approcher un dragon aux ailes étendues et rester en vie. Les grands serpents savent comme les mages que leur nom secret est inscrit dans ces lignes entrelacées. Ils ne sont donc pas disposés à laisser un homme lire ce mystère.
Aujourd’hui le Dragon vole par plaisir, pour jouir une dernière fois de ces lieux sur lesquels il a régné durant des siècles. A la tombée de la nuit il partira vers les Monts de Feu, répondant à l’appel de ses semblables. Il volera deux jours et deux nuits pour les rejoindre.
Au pied des Monts de feu  les Mages dans leur observatoire sont inquiets. Ils ne comprennent par pourquoi tant des grands Vers ont été vus et entendus dans un même endroit. Les nécromanciens, plus discrets dans leurs observations secrètes des créatures magiques, ne sont pas moins tourmentés. Les émissaires des uns et des autres sont en routes, porteurs de messages de paix et d’offre de concertation. Mages et Sorciers ont en effet compris que l’heure est capitale, et chaque groupe espère trouver chez l’autre l’explication à l’énigme posée par ce rassemblement.
Les nuits précédentes, le ciel a rougi non pas suite à la colère des Monts, qui sont calmes depuis plusieurs mois, mais bien suite aux activités secrètes des Dragons là-haut, au-delà de la ceinture de neige des Monts. 
Les bergers affolés sont descendus dans la vallée avec leurs troupeaux, mais ours et loups eux aussi ont quitté les hauts-plateaux et errent dans les forêts proches des villages et des campements humains. Dans les auberges, on ne parle que des étranges lueurs dans la nuit, on parle de guerre, de représailles des dragons pour la mort de plusieurs d’entre eux, on parle de villages et de villes brûlés, rasés, noires carcasses au bord des rivières rougies par le sang des victimes égorgées.
Les rumeurs les plus audacieuses circulent, les Princes auraient trouvé une arme redoutable contre les dragons, et ces derniers seraient en train de se préparer à un affrontement mortel et désespéré. 
Dans les cours et les ruelles, les chariots sont chargés et bâchés, parfois même attelés, dans l’attente du signal d’un départ, d’une fuite. Les familles veillent, on voit pour le moment souvent un père, un enfant ou un aïeul braver le frais de la nuit pour surveiller le ciel du haut de la grange ou du moulin.
Le Dragon a trouvé les ascendances, ses ailes sont gonflées par un vent chaud qu’il commande de mouvements légers. Son vol est devenu silencieux alors qu’il trace dans l’azur de lentes spirales.
Le ciel rougit bientôt, le soleil ne réchauffe plus le serpent ailé. 
Alors, après un dernier regard sur sa montagne, sur sa vallée, le dragon gonfle sa poitrine recouverte d’écailles et jette un cri terrible, un cri qui fait frémir hommes et bêtes jusqu’à l’horizon, un cri pareil à la douleur de la création et de la destruction des mondes. Et il se tourne vers l’horizon lointain d’où on l’appelle avec insistance. 
Voici ce que l’on peut dire du vol du Dragon la veille de la séparation des mondes.

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08.02.2007

L'Arbre

L’arbre a connu bien des époques. Il est plus vieux que les nuages ocre qui encombrent en permanence le ciel. Il a vu naître et mourir des générations de ces tas de briques que les fourmis humaines habitent parfois. Il a vu l’orage frapper et la pluie tomber, il a senti le vent qui casse les branches, la terre qui se rebelle parfois et se secoue pour montrer qu’elle aussi peut changer.

Dans sa jeunesse, l’arbre a poussé parmi ses semblables, dans un bosquet sauvage. Puis il y a eu de froids hivers où les hommes venaient couper les troncs les plus vigoureux, mais où ils se cachaient aussi les uns des autres, arme au poing, certains en uniforme vert-de-gris, d’autres simplement munis d’un brassard sur la manche. Et ses racines ont goûté le sang déversé par ces futiles et éphémères créatures.

Et les hommes ont rasé le bosquet, conservant notre arbre pour la beauté de ses formes et la grandeur de son ombre qu’ils reportèrent sur les panneaux présentant les immeubles à construire à ses pieds. Mais dans la réalité c’est au pied des immeubles, hors de la lumière du lever du soleil, à côté d’un bac à sable grouillant d’enfants, de chiens, de pelles et de seaux qu’il vit l’herbe brunir et reverdir au rythme des saisons. Et l’homme s’est lassé du bac à sable qui vit les vieux meubles et les poubelles s’entasser alors que les immeubles rouillaient, pelaient, grisonnaient sous les assauts du temps. Et notre arbre eut du mal souvent à respirer, ses feuilles tombaient chaque année bien trop tôt sous l’action des pluies qui mordent le bois.

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Puis en un instant, en un éclair de lumière, les immeubles disparurent, des maisons plus coquettes apparurent, les enfants revinrent un bref instant. L’air se fit lourd, âcre, entretenant un brouillard qui ne se levait plus que certains jour d’hiver, par grand froid, ou alors les lendemains d’orage et de vent. Et les feuilles de l’arbre se recroquevillèrent, rongée par le feu que la pluie ne peut éteindre. Les branches cassées ne repoussèrent plus aussi vite, alors que l’herbe à nouveau faisait place au sable et à la poussière, que les maisonnettes perdaient leur éclat, puis leurs vitres, puis leur toit.


Et les fourmis humaines ne passèrent plus que rapidement près de l’arbre, drapées dans des étoffes jaunes et portant des masques noirs. Et l’air se fit encore plus brûlant et les insectes plus agressifs. Et les graines de l’arbre se déposèrent dans les jardins abandonnés, une nouvelle génération partant à la conquête des espaces jadis rasés chaque dimanche en un tapis de velours vert.


Le ciel passa à l’ocre, le soleil seulement deviné comme une boule orange chargée de force derrière les nuées permanentes. La lune devint un faible éclat sans force et sans origine dans la nuit.


Dans le bosquet, entre ses fils et ses filles, l’arbre attend patiemment. Il ne sait pas ce qu’il attend, sait seulement ce qu’il peut espérer. Et il n’espère plus le passage d’un humain.

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01.02.2007

Un Autre Monde

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Le Grand Mage prend la parole.
« Depuis le départ des Dragons, mes frères, la Magie est faible, très faible. Nous ne percevons plus que quelques miettes de l’énergie immense dans laquelle nous pouvions puiser. De nombreux enchantements ont cessé leurs effets. Les sources tarissent, le ciel reste sec, les malades souffrent. Je vous ai réuni pour envisager ensemble les remèdes à cette situation pénible. Frère Alhn va nous résumer tout ce que nous savons de la situation. »
Un mage sort de l’ombre du dais qui surplombe le trône du Grand Mage. Il est vêtu de bure brune, et porte un chapeau de cuir, pointu, comme il se doit. Malgré sa petite taille il émane de lui une aura de puissance qui provoque un murmure dans l’assemblée.
« Très chers frères, une étude approfondie des connaissances disponibles en la matière nous pousse à croire, les frères de Züul et moi-même, que les Dragons ont délibérément provoqué la perte de la magie dans notre monde lors de leur départ. Afin de vous expliquer ce qui s’est passé, je vais me permettre de rappeler quelques principes de base de conservation des énergies… »
Quelques ricanements moqueurs suivent, vite dissipés par le regard courroucé du Grand Mage.
« Notre monde connaît un certain nombre de qualités, telles que la composition, le niveau d’énergie, la concentration. Il connaît également un certain nombre de qualités intrinsèques telles la longueur, la largeur,l’épaisseur, la durée. Toutes ces qualités et compositions sont de plus influençables par une force universelle, communément appelée probabilité, ou Zu-maar dans le langage des anciens. Le Zu-maar détermine pour chacune des qualités ou compositions la trace laissée dans notre réalité subjective. Ce que nous appelons la magie est le fait de pouvoir influencer grâce au Zu-maar une ou plusieurs qualités et compositions afin de modifier l’aspect et l’histoire de notre réalité. La somme de toutes les énergies en jeu devant rester constante, nous avons de tout temps été confrontés au problème de conservation des énergies. De plus, la maîtrise du Zu-maar nécessite un esprit capable de visualiser et comprendre les différentes traces de la matière et de l’esprit dans la structure de l’univers, ce qui a jusqu’à présent été la limite pratique de notre influence sur le monde concret. Les Dragons, possédant un esprit nettement plus vaste et puissant que le nôtre, savaient mettre en commun leurs ressources individuelles pour résoudre des problèmes importants ou conjurer des phénomènes complexes et fragiles.»
Frère Alhn fait une pause, scrutant les visages devant lui. Ses yeux sont perçants et la plupart des frères préfèrent baisser les yeux qu'affronter son regard.
« Lors de leur départ, les Dragons n'ont pas ouvert un chemin vers un autre univers. Ils ont d'ailleurs choisi le terme "autre monde" pour désigner leur destination, et ce n'est pas un hasard. Je suis en mesure maintenant de vous préciser qu'ils ont en fait d'une certaine manière coupé notre univers en deux parties. La partie occupée par les Dragons est limitée en taille mais contient la plus grande partie du potentiel magique total de l'univers. La nôtre est gigantesque en taille mais ne contient qu'une quantité infime de Zu-maar, un maigre reliquat en comparaison de ce que nous avons connu. Ceci signifie que nous sommes prisonniers d'un monde qui ne connaît qu'une seule histoire, avec un début et une fin! Oh, bien sûr, les deux mondes auront une durée égale dans le temps, plusieurs milliards de révolutions solaires, mais l'absence de Zu-maar implique que toute la matière et l'énergie de notre monde va dorénavant tendre vers un état unique, un état de dilution maximal. Nous avons appelé ce phénomène "entropie", et entrepris de l'étudier formellement. »
Frère Alhn fait une nouvelle pause, s'appuie sur son pupitre et martèle de son poing ses derniers mots.
« Mes frères, si nous n'entreprenons rien, la magie sera morte et oubliée dans quelques années seulement! »
Ces mots font naître une grande agitation dans l'assemblée. Le Grand Mage demande alors « Et dans le monde des Dragons, que se passera-t-il ? »
« Les dragons ont pris soin de prendre avec eux suffisamment de matière pour les siècles à venir. Chez eux, c’est la matière qui va disparaître, alors que le Zu-maar va tendre vers un état unique. Mais cet état unique est celui que les Serpents recherchent, car il est celui qui leur permet de contrôler et donc de maintenir la frontière entre nos mondes. Ils ont le contrôle absolu sur cette frontière. Ils peuvent en fait l’ouvrir et la fermer à leur gré et ainsi compenser leur perte de matière. Bien entendu, à chaque fois un peu de Zu-maar devra compenser la matière transférée, mais cette quantité sera minime. »
« Que pouvons-nous faire, frère Alhn ? »
« Nous ne voyons qu’une seule solution, Maître, il nous faut concentrer toute la magie résiduelle de notre monde et ouvrir une légère brèche entre les deux mondes. Si cette brèche est suffisamment petite elle restera indétectée par les Bêtes de Feu mais pourrait nous fournir assez de magie pour restaurer le fonctionnement normal du monde. Mais la concentration de toute notre magie est nécessaire, notre marge de manœuvre étroite. Et les dangers sont grands. La Tour de Züur n’existe que par la magie. Le Gardien est scellé à la Tour par magie. Si nous utilisons la magie qui tient la tour en état, le Gardien sera libre et à portée de la Gemme Noire, et nous ne pouvons prévoir ce qui se passera. Mais si nous ne faisons rien, le Zu-maar viendra à se dissiper et la magie de la Tour faiblira. Ce n’est qu’une question de temps, de peu de temps ! »
Dans l’assemblée le silence s’est fait, pesant. L’humanité semble désormais condamnée aux yeux de la plupart des Mages présents. Ils pensent aux conséquences terribles de la libération de la connaissance prisonnière de l’Aar, la Gemme Noire. Aux maladies ravageant les continents, au dur labeur des ouvriers obligés de construire maisons et digues pierre par pierre, aux voyageurs perdus dans l’obscurité de lieux inconnus, aux bêtes féroces attirées par les villages. Ils pensent à la souffrance et à la peur des hommes.
« Alors, nous n’avons pas le choix », dit le Grand Mage, « Que les Mages de Züur commencent les préparatifs, nous seront prêts. »

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30.01.2007

De belles grosses tomates

Les chercheurs de Gennovator avaient vu grand dès le départ du projet. Il ne s'agissait pas ici de créer la énième tomate de consommation ménagère, insipide, rouge de partout, résistante aux maladies et aux insectes, à pousse rapide et de grosseur uniforme, calibrée standard.

Non, il s'agissait de fabriquer une tomate destinée tout particulièrement à l'industrie alimentaire. Une grosse, très grosse tomate, avec peu de pépins. Facile à manipuler et à transporter.

Il n'était pas envisageable d'obtenir une telle tomate sur un plant normal. Il fallait trouver une astuce pour que la tige de la plante ait un développement rapide mais également suffisamment de résistance pour supporter le poids des fruits envisagés.

Les racines se devaient quant à elles d'être vigoureuses et fournies pour assister de manière efficace la croissance du fruit. Quelques traits génétiques dérivés du baobab et du séquoia furent sélectionnés. Les gènes correspondant aux qualités requises furent isolés et séquencés.

Pour une efficacité optimale du processus et une utilisation rationnelle du sol, des gènes de pomme de terre furent inclus afin de produire, après floraison et production des fruits, des tubercules appétissants et nourrissants.

La taille de la tomate serait quant à elle réglée par l'incorporation au génome de codons provenant de variétés sélectionnés de potirons géants.

Les premières manipulations génétiques furent un échec, les chromosomes de synthèse refusant systématiquement de produire autre chose que des herbes rabougries. La combinaison de toutes les exigences techniques en une seule plante excédaient les capacités de Mère Nature. Jusqu'au jour où un chercheur un peu plus brillant (ou intoxiqué) que les autres eut l'idée de croiser les caractéristiques du projet VHT (Very Huge Tomato) avec les gènes de l'amorphophallus titanum, plante géante à la fleur gigantesque.

GiantTomato

Le développement de la plante dès germination de la pseudo-graine fut fabuleux. En deux semaines, un arbre de près de trois mètres de haut s'était développé. En un mois la plante avait atteint la hauteur de 6 mètres et donnait ses premières fleurs de 35 cm de diamètre.

Gennovator avait prévu d'effectuer les premières expériences dans leur serre expérimentale de sécurité, mais, cette dernière ne mesurant que quatre mètres de haut, les jeunes plants de VHT furent d'urgence transférés vers une serre provisoire en film plastique transparent. La plante nécessitait près de 120 litres d'eau par jour, et poussait tellement rapidement qu'il était possible d'entendre le bruit de cette croissance! En approchant l'oreille de la plante on entendait effectivement un lent et long grincement causé par l'étirement des fibres du tronc et des branches.

Après une prudente pollinisation manuelle (aucun insecte pollinisateur ne semblant apte à transporter la quantité de pollen nécessaire), à l'aide d'une grosse brosse à tapisser, la croissance des fruits entraîna une multiplication par 3 de la quantité d'eau nécessaire. Les tiges, déjà fortement ligneuses, se renforçaient de jour en jour, et après une semaine le fruit dépassait déjà les 30 cm de diamètre.

Les chercheurs de Gennator étaient particulièrement curieux de constater tout changement dans la couleur du fruit, qui poussait au départ entièrement vert, comme une tomate ordinaire. Cette couleur ne commença à virer vers le rouge qu'à partir du moment où les fruits atteignaient 65 cm de diamètre, pesant chacun plus de 8 kg!

Sous le sol, de grosses pommes de terre commençaient à se former sur les racines, excédant déjà les 20cm de diamètre moyen.

La première explosion surprit les chercheurs pendant la nuit, épargnant sans nul doute des vies humaines. Arrivant à maturité, la première VHT explosa, dispersant chair, jus et graines dans la serre improvisée et au-delà: l'explosion avait été tellement forte que les graines avaient transpercé le film plastique.

Une équipe de bio-décontamination entreprit dès le lendemain, après constatation des dégâts, de ramasser toute les débris à l'extérieur de la zone de sécurité, en particulier les graines de près de 2cm, chassant les oiseaux qui depuis le petit matin s'étaient abattus sur la scène. Les tomates restantes furent immédiatement cueillies afin d'étudier le phénomène et de limiter le risque d'explosion. Amenées dans un bunker, elles furent même présentées à des délégués du Pentagone qui envisageaient des largages de VHT sur les zones de combat suffisamment humides afin de créer des champs de mine naturels.

Dans l'émotion du moment, les chercheurs avaient oublié la croissance des tubercules. Ceux-ci explosèrent à leur tour une semaine plus tard, tous ensemble, détruisant ainsi la totalité des installations de Gennovator. Les racines avaient en effet creusé largement le sol non seulement sous la serre de plastique, mais s'étaient également étendues sous les serres de sécurité, les laboratoires et les bureaux. L'explosion, vraisemblablement causée par un phénomène de pression osmotique extraordinairement élevée, fut entendue à plus de cinquante kilomètres à la ronde. De la purée de pomme de terre -cuite par la chaleur de l'explosion- retomba à plus de 5 km de ce qui avait été Gennovator.

Le gouvernement décida dans l'urgence de raser ce qui restait des installations et de désinfecter toute la zone avoisinante. Des Canadair arrosèrent donc cette zone à plusieurs reprises au moyen d'un désherbant total, toute la végétation apparente fut brûlée au lance-flammes par la garde nationale.

Un mois plus tard, à plus de 120 km de là, des explosions retentirent dans une zone verte à proximité de la route 45. Le chef de police envoya sur place une patrouille qui rapporta la présence d'arbres et de chair de tomate. Pas de quoi s'inquiéter donc. Il devait s'agir de mauvais plaisantins…

L'invasion venait de commencer.

20:43 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

28.01.2007

La Nuit du Dragon

Le Maître est pensif. Perché au plus haut de la crête rocheuse, il étale ses ailes au rayons du soleil mourant.

 NuitDuDragon

Sa partie de la Machine est prête, lui et son peuple vont partir. Dans la vallée, les feux timides du village rougeoient. Les humains bientôt seront laissés à eux-mêmes, libres enfin. Le Maître sait que cette liberté ne sera que de courte durée. Il connaît trop les hommes, lui qui les côtoie depuis plus de deux mille ans. Les hommes se battront vite pour le pouvoir, ils se forgeront de nouvelles chaînes, à la mesure de leur avidité, de leur soif de pouvoir.

 

Mais ils se battront sans la magie. Les Dragons ont décidé de vider le monde des hommes de toute magie et de l’emmener avec eux dans leur nouvel univers. C’est leur cadeau d’adieu : retirer aux humains le pouvoir de détruire leur univers d’un mot ou d’un geste.

 

La machine d’airain brille dans une dernière caresse du soleil.

 

Demain, la magie ne sera plus pour les hommes que légende. Demain, les dragons ne seront plus pour les hommes que fables et masques de carnaval.

 

Le Maître a longtemps hésité avant de donner le signal du départ. Depuis que les Mages ont réussi à subjuguer, un Dragon pour le plier à leur volonté ce monde n’est plus sûr pour les grands serpents de feu. Des frères ont été tués, déchirés par les sorts jetés en défense contre les feux vengeurs. Le pouvoir échappe aux griffes des souffleurs de feu, le temps du changement est arrivé.

 

Le Maître baisse les yeux sur la vallée. Il entend les chants de joie, les chants des retrouvailles entre les serviteurs libérés de leurs devoirs envers la race ailée et leurs familles en larmes. Il est trop tard maintenant. Avec les serviteurs, le Maître a libéré la connaissance de ses propres faiblesses. Peut-être même existe-t-il déjà en ce monde un magicien ou sorcier capable de déduire son nom secret de la forme de son corps et de la taille de ses écailles ? Non, vraiment, ce monde n’est plus le sien.

 

Le Maître replie ses ailes lentement et ferme les yeux pour la nuit. La lune se reflète sur ses écailles polies comme des miroirs.

 

Demain les Dragons ne seront plus en ce monde.

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20.01.2007

Chance

Le premier jour, Arnold fut surpris, mais enchanté. Il venait comme chaque mercredi d'acheter, avec son journal, un billet de Gratt-Oh!. En prenant son café dans la galerie commerçante, sur le chemin entre la gare et le bureau, il entreprit la délicate opération consistant à lire son journal tout en buvant le café et en grattant à l'aide d'une petite pièce rouge son Gratt-Oh!.

 

Lorsqu'il constata que le billet gratté portait trois fois la mention "2.50Billetsesamo0 EUR" en rouge, noir et vert, il n'en crut tout d'abord pas ses yeux. Pour en être tout-à-fait sûr, il relut avec attention le règlement inscrit en tout petits caractères gris moyen sur fond gris clair, au dos du billet. Pas de doute, il avait bien gagné 2.500 euros!

Arnold termina d'un coup sa tasse de café, empocha le journal soigneusement plié et rebroussa allègrement chemin en direction de l'aubette à la sortie de la gare.

"Ah, monsieur, vous avez effectivement un billet gagnant", lui confirma le commerçant. "Mais je n'ai pas la possibilité de vous payer un tel montant, il faut vous adresser à ce numéro de téléphone, il vous diront ce qu'il faut faire pour obtenir le paiement".

Arnold ne fit pas étalage de ce gain au bureau. Il y avait là trop de pique-assiettes que pour risquer de devoir payer la tournée générale, alors qu'il avait pour règle d'éviter de fréquenter toute une série de personnages peu intéressants à ses yeux. Il invita par contre ses collègues les plus sympathiques à prendre un verre le midi, et se confia à eux devant une trappiste bien servie accompagnée d'une assiette de fromage d'abbaye.

"A la santé de la chance!", dit-il en portant le toast.

En fin de journée, il partit un peu plus tôt afin de se rendre à la tour de la société de loterie et toucher ses gains. "Et encore bonne chance!", lui lança le caissier après lui avoir payé les 2.500 euros du Gratt-Oh! gagnant. En se rendant à la gare, Arnold se dit qu'une fois n'étant pas coutume, il jouerait bien quelques euros au Loto, pour le tirage du soir. Ayant laissé le soin à l'ordinateur de choisir les combinaisons il rentra chez lui d'un pas léger, un billet de Loto et peu moins de 2.500 euros en poche. Arnold et Madeleine profitèrent de la soirée en se rendant dans leur restaurant préféré pour un repas un peu exceptionnel, évaluant les diverses possibilités qui s'offraient à eux pour dépenser intelligemment mais de manière plaisante leur gain. Ils rentrèrent plus tard que de coutume à la maison, bien décidés à s'offrir ce voyage à Sorrento qu'ils n'avaient que trop remis à plus tard.

Jeudi matin, Arnold fut frappé en sortant de la gare de voir l'attroupement autour de l'aubette à journaux. La cause de l'agitation était facile à deviner, une voiture peinte aux couleurs et au logo du Loto étant parquée le long du trottoir. Les gens se pressaient pour vérifier leur billet.

lotto

"Oui, c'est ici qu'on a vendu le billet gagnant, vous vous rendez compte?" - "Avec un report de cagnotte de trois semaines, madame…" - "Non, je ne joue jamais ces numéros, moi je joue toujours la date de naissance de mes petits-enfants"…

Le cœur battant, Arnold farfouilla dans son portefeuille pour retrouver le billet dont il avait presque déjà oublié l'existence. Il n'eut pas besoin d'arriver jusqu'à la machine pour voir que les numéros gagnants affichés en grands caractères rouges sur la vitre de l'aubette correspondaient à la première ligne de son bulletin de jeu.

C'est donc d'une main tremblante qu'il tendit ce billet à la personne qui le lui avait vendu la veille. La machine avala le rectangle de papier et émis une mélodie joyeuse. "Prix spécial!" s'écria le marchand.

Et aussitôt la foule se resserra, chacun voulant voir à quoi ressemblait un gagnant du Loto. Un grand homme souriant s'approcha d'Arnold, lui présenta sa carte de visite et l'invita à prendre place dans la voiture bariolée "Loto". Arnold se retrouvé comme la veille dans la tour de la société de loterie, cette fois-ci non plus à la caisse du rez-de-chaussée mais bien dans un bureau du seizième étage. Après avoir présenté ses papiers et signé quelques formulaires, il se retrouve une coupe de champagne dans une main, un chèque au montant impressionnant dans l'autre.

Pas question d'aller au bureau dans ces circonstances! Pas question non plus de reprendre le train vers la maison. Arnold fit appeler un taxi et lança nonchalamment (mais quand même une certaine appréhension) son adresse. au dernier moment, il fit s'arrêter le taxi pour acheter un gros bouquet de lys pour Madeleine.

Après les premières embrassades, les premiers plans d'urgence ("et où irons-nous manger ce soir?"), Arnold se servit un apéritif amplement mérité. Il s'assit à la table du salon et ouvrit machinalement son courrier. La première lettre provenait de la firme qui avait procédé quelques mois auparavant au remplacement des châssis de la maison. Elle commençait par : "Toutes nos félicitations, vous êtes l'heureux gagnant du tirage au sort de notre grande tombola d'été. Vous avez non seulement gagné le remboursement intégral du coût de vos châssis, mais également une croisière de 15 jours pour deux personnes à bord du "Luxus", le plus beau des navires de la compagnie Sfinx. Vous découvrirez…". Arnold était vraiment choqué. Pendant une seconde les pires éventualités lui traversèrent l'esprit et il se prit à regarder Madeleine d'un air soupçonneux.

La seconde lettre lui annonçait le gain d'une chaîne hi-fi. La troisième son tirage au sort pour une voiture et un an de carburant. La quatrième était tout simplement une note de crédit de la compagnie du téléphone: "A la vérification de votre compte nous avons constaté une légère erreur dans le montant qui vous a été facturé au cours des mois de février à juin. Vous trouverez en annexe une note de crédit pour le montant trop perçu, à savoir 4,52 EUR…"

Arnold n'osait plus ouvrir aucune des enveloppes restantes, et certainement pas celle marquée "Etude de Me Dusec, notaire à Grandiez". Les mains moites, il se demandait ce qu'il avait pu faire pour ainsi subitement attirer tant de chance. Il ne se sentait pas très bien.

Arnold ne ferma pas un œil de la nuit. Dans son esprit, cette accumulation de chance ne pouvait être que le signe avant-coureur d'une catastrophe de grande envergure. Le lendemain il se disputa avec Madeleine qui ne voyait pour sa part aucun signe de malchance et n'avait qu'une seule envie: faire quelques boutiques et s'acheter une plus grande valise. La dispute fut interrompue par un appel téléphonique.

"Bonjour Monsieur, vous êtes en direct sur RTL! Pouvez-vous nous donner le montant de la valise RTL?"

"Pas du tout", répondit Arnold, "Je n'écoute jamais la radio pendant la journée, je suis désolé."

"Peut-être pouvez-vous nous donner un montant au hasard?" lui suggéra l'animateur.

"Euh, 13.125 euros?" répondit Arnold sans réfléchir.

 

heart

"Bravo! Vous avez deviné juste! Ce n'est pas possible, on vous a soufflé!" s'exclama l'animateur enthousiaste.

Mais Arnold ne l'écoutait déjà plus. Ce dernier bravo avait eu raison de son cœur, et il s'effondrait lentement, la main crispée sur la poitrine, les lèvres soudainement blanches.

"Allo, Allo? Allo monsieur?…"

Le téléphone tomba par terre.

 

Madeleine se précipita sur l'appareil, raccrocha précipitamment pour composer aussitôt un numéro et s'écrier dans le combiné:

"Allô, mon chou? Devine! J'ai une bonne et une très bonne nouvelle! Par laquelle je commence?"

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13.01.2007

Rentrer chez soi

Rentrer chez soi, retrouver le sourire de l’épouse que l’on aime, son confort quotidien, l’apéritif déjà servi qui attend au frais dans le frigo américain. Les pantoufles… quelle horreur les pantoufles (« mets tes pantoufles, tu ramasses les poils des chats en courant sur tes chaussettes ! »), mais quel symbole également, de confort douillet, de paix et de tranquillité, d'insouciance envers l'avenir.

 

La grande question du jour : « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? », et non « est-ce qu’on mange ce soir ? ». Le confort de l’opulence est sans une pensée pour ceux qui sont loin et sans nourriture, ceux qui doivent se battre contre les locustes pour la conquête d’un peu de blé ou de millet. C’est comme cela chez nous.

 

Dans le four, un poulet rôtit lentement. Il sera accompagné d’une purée maison bien riche avec ses œufs et son beurre, relevé d’un peu de noix de muscade qui ne coûte presque rien. Parce que ceux qui la font pousser ne reçoivent presque rien.

 

Cette nuit, nous digérerons. Certains d’entre vous auront même du mal à digérer. Excès de viandes, de vin, de bière, d’alcool, de gâteaux, de tout. Ceux-là ne pourront pas dormir. Ils auront des haut-le-cœur, le brûlant. Certains devront vomir pour soulager le corps des excès permis par l’esprit. Ou vomiront sans le vouloir parce que l’estomac possède ses propres réflexes de survie.

 

Là-bas, certains ne passeront pas la nuit. Trop affaiblis, ils se laisseront aller vers le grand rêve éternel.

Ils rejoindront en pensée une dernière fois ces pays de miel et de lait qui leur sont interdits. Là où de douces pantoufles caressent la plante des pieds alors que les leurs sont doublés d'un cuir durci par le sol écaillé sous la chaleur. Ces pays ou Les plus divins jus et nectars remplacent l’eau trouble des puis asséchés. Alors, ils connaîtront quelques instants de bonheur dans leur dernier rêve.

 

malnutrition

Ici, nous consulterons nos catalogues de vacances. Nous déciderons de l’endroit paradisiaque que nous allons visiter cette année. Tout compris, sauf la misère et la douleur qui nous seront cachés par les gentils organisateurs. Tout compris, sauf le contact avec la dure réalité. Nous mangerons « comme les indigènes », sauf qu’eux ne mangent pas souvent et que ces bombances de club sont réservées aux mariages des riches et aux enterrements de rois. Nous réfugierons dans nos cases climatisées pour nous protéger du soleil qui brûle leurs récoltes.  Nous prendrons des photos de leurs femmes et de leurs filles qui sont tellement belles, tellement souriantes.

 

Nous croyons connaître notre monde mais nous ne l’avons pas touché. Nous sommes partis de chez nous mais nous ne sommes allés nulle part.

Nous rentrons chez nous, mais nous ne sommes jamais partis. Dans notre tête, nous n’avons rien compris. Nous avons rêvé la vie de là-bas comme dans un livre d'images, mais nous avons oublié que les livres d'images sont destinés aux enfants, et qu'on ne veut pas faire peur aux enfants. Alors on leur ment, on leur montre de belles images…

 

Ce soir, nous rentrons tous chez nous.


13:02 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

12.01.2007

Jour de pluie

La météo est formelle: aujourd'hui il va pleuvoir. Le vent sera modéré à fort et soufflera du secteur nord, nord-est, amenant vers nos régions un vent chaud et sec d'origine continentale. Il va pourtant pleuvoir.

 

Les gens se préparent activement à cette pluie. Ils rentrent les plantes que chacun semble vouloir faire pousser sur son toit ou dans son jardin, sur sa terrasse ou à même le trottoir pour les plus confiants. Ils rentrent les clapiers, ferment les étables improvisées dans les chalets de jardin. Certains tendent des toiles et des bâches au-dessus de leurs plantations de pleine terre.

 

Les automobiles sont emmaillotées. Il faut remplir les réservoirs d'eau. Il faut calfeutrer portes et fenêtres malgré l'étouffante chaleur de l'été. Sur les toits et les terrasses, un bric-à-brac de filtres plus ou moins élaborés est testé, rapidement rafistolé. Ensuite ce sera l'attente de la pluie.

masque

 

Nous attendrons sur le pas de la porte, bottes aux pieds, prêts à accueillir jusqu'au dernier moment un éventuel automobiliste égaré ou piéton distrait. Et quand la pluie tombera nous fermerons la porte avec difficulté, pour la rendre bien étanche à la pluie.

 

Déjà, les premiers compteurs de radioactivité commencent à crépiter: la pluie de cendres commence à tomber.

17:46 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

11.01.2007

Une Lumière d'un Bleu Electrique

L'orage s'est annoncé tôt dans la soirée. Les nuages de plus en plus bas, de plus en plus gris, ont commencé à défiler par-dessus le toit de la grande maison. Dans le jardin, Mathilde se hâte de terminer de tondre le gazon et de nettoyer les plates-bandes. Le vent frais la fait frissonner, car elle a commencé sa corvée alors que le soleil brillait encore et n'a pas pensé à emmener un pull ou une veste.

yes-eclair

Elle range ses outils et rentre rapidement dans la maison alors que les premières gouttes tombent. Au loin, un grondement sourd annonce la foudre.

 

Mathilde fait le tour de la maison et ferme les fenêtres. Elle ferme également rideaux et tentures car l'orage lui fait peur. Les chats également ont peur. Eux qui aiment rester dehors jusqu'à des heures indues ont senti la tempête et se sont blottis l'un contre l'autre sur un fauteuil du salon. Xushi regarde autour de lui d'un air inquiet. Au premier claquement du tonnerre il se précipitera sous un meuble et n'en sortira pas même pour manger. Séléna se montre plus calme, somnolente, les yeux mi-clos, mais prête à sursauter également.

 

Le gris se fait anthracite. Mathilde n'a pas peur de cette obscurité passagère. Elle redoute surtout la couleur bleu électrique de la décharge de la foudre dans l'atmosphère. A chaque éclair elle compte le nombre de secondes qui s'écoulent avant le tonnerre, et elle calcule mentalement la distance entre la maison et l'endroit où l'éclair a frappé.

 

Soudain tout autour de Mathilde devient bleu. D'un bleu intense, profond. Pas le bleu de l'arc électrique lui-même, qui tire vers le blanc en son centre, mais le bleu de l'ombre des objets lors de la décharge de l'éclair. Ce bleu persiste, se prolonge, se calme, arrête de clignoter comme la lampe du stroboscope. La pulsation ralentit. Dans le fauteuil, les chats sont debout, immobiles, les oreilles baissées, le regard fixé vers la fenêtre aux tentures closes.

fenetre

 

Mathilde pense: "Mon dieu, la foudre vient de tomber sur la maison, je viens d'être électrocutée…"

Elle peut bouger, regarder ses mains dans la lumière bleue. Fait étrange, lorsqu'elle bouge ses bras et ses mains, l'ombre suit ses mouvements avec hésitation, lentement, comme un fluide qui s'écoule. Elle bouge comme dans un rêve, flotte sur le parquet en se dirigeant vers la fenêtre. Les tentures et les rideaux sont étrangement lourds à écarter.

 

Derrière la vitre, une colonne d'un feu froid et figé s'élève du sommet de l'hybiscus du jardin vers le ciel. Chaque feuille semble découpée dans un tissu de feu. L'herbe est tendue vers le ciel comme de la limaille dans le champ d'un aimant.

Mais surtout, derrière la vitre il y a le visage souriant de sa mère qui lui parle lentement. Mathilde n'entend pas les mots, mais elle croit pouvoir lire sur ses lèvres "Je t'aime, je t'aime…". Elle s'entend murmurer "Moi aussi Maman je t'aime, pardonne-moi de ne pas avoir su te le dire… je t'aime". Sa mère lui sourit encore plus fort.

 

La vitre vole en éclat, dans une explosion de verre que les tentures retiennent à peine. Le bruit est assourdissant, comme un coup de canon tiré à bout portant. Tout devient instantanément noir. Les chats n'ont pas sursauté, ils se sont envolés vers le plafond. Dans une panique pleines de touffes de poils qui volent, ils s'enfuient en direction du bureau et de l'abri offert par le buffet de chêne. Mathilde est soufflée vers l'arrière, dans un nuage de plâtras provoqué par les fils de cuivre qui viennent de s'extirper du mur sous l'action du champ électrique.

 

Puis c'est le silence. Les plombs ont sauté.

 

Dehors la pluie reprend de plus belle, martelant le carrelage devant la maison et éteignant l'hybiscus qui avait pris feu. Les chats miaulent piteusement. Il n'y a plus personne derrière la vitre, l'orage s'éloigne.

 

Mathilde ne fermera plus jamais ses tentures pendant l'orage. Elle mettra des lunettes de soudeur pour protéger ses yeux et guettera le moindre éclair au cas où il illuminerait encore un visage connu. Et devant la fenêtre elle murmurera: "Je t'aime, maman…"

 

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09.01.2007

L'Autre

 

Les premiers incidents se produisirent en début de semaine, alors qu'il s'apprêtait à entrer au restaurant de son entreprise. Consultant le solde de son porte-monnaie électronique, il avait constaté que le solde de celui-ci ne correspondait pas aux achats qu'il se souvenait avoir fait. A la vérification des dernières opérations, il fut étonné de voir qu'un retrait de 3,5 EUR lui était imputé le même jour, à peine une demi-heure avant la vérification, alors que cette carte à puce ne quitte jamais son portefeuille et ce dernier sa poche.

 

Il mit tout d'abord cela sur le compte d'une erreur de software, il devait s'agir d'une opération d'un jour précédent enregistrée avec une date erronée. Comment en effet enregistrer une opération frauduleusement sur une carte qui reste dans un portefeuille?

 

Au restaurant, la caissière l'avait regardé d'un air étrange, mais n'avait fait aucun commentaire. Troublé, il avait essayé de comprendre quel détail vestimentaire ou autre avait pu lui valoir un regard si appuyé, si étonné. Son costume était impeccable (en tout cas avant de manger les spaghettis), la cravate bien centrée, son pantalon bien fermé…

 

l autre

A la sortie du restaurant pourtant, un collègue qu'il croisait lui tapota le ventre en lui disant: "Fais quand même gaffe, mon vieux, tu vas gonfler avec toutes ces frites!". Il mit cette remarque sur le compte d'une confusion et n'y pensa plus.

 

Le lendemain, alors qu'il venait d'accéder au réseau, le nombre de mails dans sa boite aux lettres l'étonna. Ces mails étaient tous en relation avec le nouveau projet de réorganisation qu'il devait diriger. Le premier d'entre eux était simplement la réponse à, une demande de sa part au sujet de la disponibilité des locaux de tests au mois de septembre. Message bien anodin si l'on ne tient pas compte du fait qu'il ne se souvenait pas avoir envoyé le message. Pourtant sa signature figurait bien dessus? Comme un signature dans un mail se copie et se colle facilement, il vérifia immédiatement les propriétés du document. Celles-ci mentionnaient bien son identité réseau comme expéditeur du message, le soir précédent à 16h45, depuis son PC personnel. Mais il avait quitté le bureau à 16h30 et se souvenait fort bien avoir éteint son ordinateur en partant.

 

Il envoya une copie de ce mail au département "security" en expliquant tant bien que mal la situation et en demandant de vérifier au niveau du serveur qui avait bien pu envoyer le mail. La réponse arriva dans le quart d'heure: "Vous devez avoir confondu, votre PC n'a été sorti du réseau qu'à 17h15. Le mail a bien été expédié de votre machine, et sous votre ID d'utilisateur. Nous vous rappelons les consignes de sécurité qui interdisent de quitter l'entreprise en laissant son PC allumé avec une session active. Consultez l'Intranet pour plus de détails… Corporate Security, Network Monitoring".

 

Les autres mails avaient tous trait à ce projet, mais il n'osa plus dans un premier temps enquêter plus loin, quelque chose lui échappait totalement. Comme il devait se rendre au siège central pour une réunion, il décida de reporter tout effort de compréhension et de prendre immédiatement la route.

 

A l'entrée du haut bâtiment de verre aux formes d'avant-garde il introduisit sa carte magnétique dans le système de contrôle d'accès. Un beep incongru lui apprit que sa carte n'était pas reconnue. Après plusieurs essais infructueux il se rendit au guichet pour demander le remplacement de la carte défectueuse. On lui demanda son identité et la carte endommagée, et il chercha donc une carte de visite. Il n'en avait plus aucune sur lui. Cela l'inquiéta d'autant plus qu'il se souvenait très bien avoir rempli son porte-cartes dimanche passé. Au guichet, la réceptionniste le regardait avec méfiance. Il vit les gardes de sécurité approcher, et là c'est une véritable panique qui s'empara de lui. Il ne demanda pas son reste et s'enfuit vers sa voiture.

controle_policier

 

Il prit machinalement le chemin de la maison, se maudissant de son réflexe idiot. Il avait besoin d'une journée de repos et de réflexion, se dit-il, autant rentrer à la maison. Et pourquoi pas graver quelques CDs? Il se dirigea vers la grande surface pour acheter des CD vierges. A la caisse il paya en liquide. Il n'avait plus envie de voir comment cette carte-ci réagirait! Mais à la sortie, il vit immédiatement l'attroupement autour de sa voiture. La police examinait le véhicule et avait apparemment déjà appelé une dépanneuse. Comme il se hâtait vers la voiture, il entendit des passants discuter.

"C'est une voiture volée, d'après les policiers"

"Elle était là depuis longtemps?"

"Je ne sais pas, mais sans doute que non, elle a été volée lundi…"

Il sortit de sa poche son portefeuille et pris en main les papiers du véhicule, bien décidé à éclaircir le quiproquo évident. Mais sur la carte d'assurance ce n'était plus son nom qui était indiqué, pas plus que sur la carte d'immatriculation. Qui pouvait bien être cet Jon Wasemaar dont le nom apparaissait maintenant sur ces papiers? Dans ces circonstances, pas moyen de récupérer la voiture, à moins de ne montrer que la carte d'identité…

 

Le retour à pied à la maison avait duré deux heures.

 

Il s'attendait au pire, et le pire l'attendait encore. Sur la boite aux lettres à front de rue, une étiquette neuve indiquait qu'elle était prête à accueillir le courrier de Jon Wasemaar. Il se préparait à rentrer chez lui, il avait la clef dans sa main glacée malgré le soleil, mais avait une peur terrible de ce qu'il pourrait encore découvrir. Il fit discrètement le tour de la maison par le jardin, et jeta un coup d'œil à l'intérieur. Son épouse était assise dans le salon, discutant avec un homme. Un homme qu'il ne connaissait que trop bien, puisque c'était lui. Un sosie? Il aurait donc un sosie?

 

Mais dans la vitre de la véranda un reflet lui démontrait qu'il ne pouvait s'agir d'un sosie, puisque lui-même avait une physionomie qu'il ne reconnaissait plus. C'était bien lui, ce reflet, mais dans un corps qui lui était étranger, tenant dans sa main une mallette râpée, portant un costume mal taillé et pas très frais.

 

Aujourd'hui, il fait la file avec d'autres SDF. Il aura droit à une douche, un repas. On ne lui demandera pas son nom, ou alors il pourra dire n'importe quoi, cela n'a vraiment plus aucune importance.

21:31 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

05.01.2007

Le train

La gare abandonnée rejette encore les dernières bouffées de la chaleur accumulée pendant la journée. Assis sur le bord du quai, les jambes pendant au-dessus des herbes hautes qui ont envahi l'ancien emplacement des voies, un jeune homme rêve, son cahier de notes entre les mains. Les yeux ouverts, il voit déjà cette petite gare transformée en un restaurant de charme dont lui et sa fiancée ont l'ambition de faire un établissement incontournable dans la région.
La salle des guichets et ses lambris, la petite salle d'attente et ses bancs de bois, il les voit déjà remises en état, avec des tables et des chaises de bois blond, de nappes assorties aux tons des murs. Le quai sera terrasse en été, et à l'emplacement des voies il y aura un jardin avec des herbes aromatiques et un petit étang.

Il en rêve depuis des années, de ce restaurant. Il ne vit que pour cela, et pour cette raison il a trimé dur pour les autres, faisant passer l'acquisition d'expérience avant le profit matériel. Jusqu'au jour où sur un site Internet abordé presque par hasard il a vu l'annonce pour la vente de cette gare.
Il a fait chaud aujourd'hui, et cette chaleur combinée à l'humidité accumulée en raison des pluies des jours précédents a rendu l'atmosphère humide. Avec les premières fraîcheurs de la nuit une légère brume commence à s'étendre devant lui, gommant un peu plus loin la frontière entre les herbes sur l'ancienne voie et la végétation sauvage des collines.
la gare sans train1g


Cette nuit, il ne rentrera pas chez lui. C'est sans doute un caprice, mais il veut passer sa première nuit de propriétaire ici, dans sa gare, dans son restaurant. Dans le bureau du chef de gare il a installé un lit de camp et déroulé son sac de couchage. Il a mangé avec sa fiancée par terre, au milieu du quai, à la lumière de quelques bougies. Avec du pain, des rillettes et du vin. Un seul couteau pour deux, et pas de verre… heureusement qu'elle avait pensé au tire-bouchon! Elle est rentrée chez eux pour la nuit, car demain matin elle doit se lever tôt pour aller travailler. Lui compte bien continuer à explorer les alentours et apprendre à connaître les gens. Il aura besoin de bons contacts pendant les transformations, et aimerait trouver quelques ressources locales intéressantes: fromage, vin, fruits, légumes peut-être?
Sur son lit de camp, dans son sac de couchage, assommé par la fatigue de la journée, la tension nerveuse et un léger abus de vin, ses idées s'embrument, la gare devient château, redevient gare, il voit les gens faire la file au guichet pour acheter leur billet de seconde classe. Sur le quai, les bagages sont emballés dans du carton et de la ficelle, il y a des vélos.
Puis il voit les soldats qui font reculer tout le monde contre le mur de la salle d'attente, et il sent le sol trembler alors que passe un train composé uniquement de wagons à bestiaux. Sur le quai, certains se détournent, d'autres regardent sans vraiment comprendre les mains accrochées aux barreaux des étroites fenêtres. A l'une d'entre elles le visage d'un enfant aux grands yeux semble les supplier. Mais ce train ne s'arrête pas.
Dans le bureau du chef de gare, notre cuisinier sursaute, le sol tremble sous son lit de camp, il entend clairement le bruit du passage d'un train sur les rails, bogie après bogie. Il se dépêtre rapidement de son sac de couchage, tâtonne pour trouver dans l'obscurité la poignée de la porte à la vitre dépolie. La porte s'ouvre, mais le bruit s'arrête aussitôt. De toutes façons, aucun train ne passera plus jamais ici, les rails ont été enlevés il y a des décennies de cela.
Pourtant, sous la brume qui s'épaissit, il voit que l'herbe est couchée sur la largeur d'une voie. Il y distingue deux sillons plus sombres, plus écrasés. C'est sur cette voie qu'ont circulé, il y a bien longtemps, les trains en direction de l'Allemagne.

Déjà l'herbe se redresse, la mémoire s'efface.

Sur le quai, pas très sûr de ce qu'il a vu ou ressenti ou rêvé, il a trouvé un nom pour son restaurant. Il se demande juste si sa fiancée comprendra, si la clientèle acceptera de venir manger au "Dernier Départ"?

19:39 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

03.01.2007

Toile

Les tisseurs de toile ont déployé leurs filets électroniques, nous sommes tous devenus tellement proches et accessibles que la notion de distance n'a plus d'importance qu'en cas de panne de nos ordinateurs. Le cri poussé à Paris retentit aussi fort à Bombay qu'à Berlin ou Versailles, alors que de centaines de millions de doigts enfoncent à chaque seconde des centaines de milliers de touches de plastique dans un grésillement mondial renouvelé en permanence.

 

Dans ce grouillement de voix et d'images chacun cherche ce qui lui manque ou se libère de ce qui l'oppresse. Blogs empreints de poésie, sites personnels vides de charme, d'esthétique et de caractère, ou encore conversations instantanées d'âmes solitaires en quête de compagnie, les heures passent et l'information s'accumule. Les contacts se font et se défont, les jouissances solitaires basées sur la pornographie la plus extrême mais aussi la plus discrète cèdent leur place aux discussions philosophiques ou au dernier tube piraté.

 

Dans l'océan de ces voix hurlantes, deux personnes murmurent leur amitié naissante. Avec prudence, elles se découvrent mot après mot, sentiment par sentiment, secret après secret.

 

…/…

 

Fleur_de_chagrin dit: Non, pas mieux aujourd'hui. Pas dormi…

Antonov213 dit: T'as de nouveau des problèmes? Tu veux en parler?

Fleur_de_chagrin dit: L

Antonov213 dit: ???

Fleur_de_chagrin dit: Non, je ne veux pas en parler. Demain, peut-être…

Antonov213 dit: OK. A+

Fleur_de_chagrin dit: A+, bises.

Antonov213 vient de se déconnecter

 

…/…

 

Les nuages qui ont envahi le ciel sont de gros cumuls annonciateurs de pluie, peut-être même d'orage. Il faudra rentrer les plantes les plus fragiles. Sophie regrette de n'avoir personne pour l'aider à rentrer les plus gros pots. Sophie, c'est Fleur de chagrin. Quand elle se retrouve seule à la maison elle se fabrique des personnages ainsi, suivant l'humeur du moment. Elle voudrait tenir un blog mais ne s'en sent pas le courage pour le moment. Pour le moment, il n'y a d'ailleurs que Fleur de chagrin qu'elle utilise comme pseudo, c'est dire que l'humeur du moment est constante et pas à la joie.

 

Mais finalement, cela lui fait du bien d'être confrontée à elle-même. Maintenant elle ne dépend plus de personne, et plus personne ne dépend d'elle. Si elle veut faire la lessive, elle fait la lessive. Si elle n'a plus rien à se mettre… elle pourrait se promener en robe de nuit toute la journée et personne ne le saurait. Ou à poil, pourquoi pas ("Mais pas en octobre, ma grande, t'es folle!!!"). Mais elle a ses habitudes et elle n'a pas non plus envie de se laisser aller, de traîner dans son lit. Pas que le surf et le chat soient vraiment plus productifs, mais elle a besoin de parler, de se libérer, et sur le web elle peut le faire en sachant que ce qu'elle dit ne lui reviendra pas en boomerang sur la figure le lendemain.

La séparation était sans doute une bonne idée, mais elle n'avait jamais envisagé l'après Michel en détail. Ils n'avaient plus rien à se dire, mais il faisait quand même partie des meubles, il avait un rôle à jouer. Comme ouvrir les bocaux de cornichons. Maintenant elle devait avoir recours à une pince conçue spécialement à cet effet. en fait, elle aurait pu avoir recours à cette pince avant, mais il était sans doute plus facile d'appeler Michel à la rescousse.

 

…/…

 

Fleur_de_chagrin dit: Salut! quoi de neuf?

Antonov213 dit: Je V au cinéma ce soir, ça te dit? au Kinecenter…

Fleur_de_chagrin dit: Pas possible, RV avec l'avocat pour le divorce

Antonov213 dit: Samedi si ça te dis?

Fleur_de_chagrin dit: OK si c'est pas pour Star Wars

Antonov213 dit: T'M pas?

Fleur_de_chagrin dit: Euh, déjà vu 2x!!

Antonov213 dit: OK samedi, tu choisis. RV où et quand?

Fleur_de_chagrin dit: devant l'entrée à 08h15. Tu me reconnaîtras, je suis blonde avec un manteau bleu et un parapluie foncé même si il pleut pas. Horreur des cheveux mouillés!

 

…/…

 

Fleur_de_chagrin dit: Salut! T'es là? Désolé pour hier, suis resté coincée dans les tunnels à cause du camion renversé.

Antonov213 ne peut probablement pas vous répondre, son statut est "Non connecté" Fleur_de_chagrin dit: T'envoie un mail..

Déconnecté

 

…/…

 

From:      fl.deschamps@skybet.ne

Sent:       sunday 2004-08-10 09:29

To:           antonov213@mail_le_ici.ne

Subject:  Hi!

 

Désolé pour hier, suis resté coincée dans les tunnels à cause du camion renversé. T'étais pas connecté là tout de suite, c'est pour ça que je t'envoie le mail… tu m'en veux pas?

 

…/…

 

Couteau SkybelNews, votre information 24/24 et 7/7!

Dernières nouvelles: flash de 10h00.

 

Arrestation de l'égorgeur du samedi

 

La police de Bruxelles a arrêté hier soir vers 23h00 une personne suspecte à proximité du complexe Kinecenter. Elle était en possession d'une arme blanche correspondant à celle utilisée par l'égorgeur du samedi, lequel a déjà 5 victimes à son actif, des jeunes femmes seules qui ont toutes été retrouvées égorgées à proximité d'un lieu de loisir de la région bruxelloise (cinémas, bowling ou théâtre). L'homme, que la police n'a pas nommé pour l'instant, est passé rapidement aux aveux. Il avait en fait rendez-vous hier soir avec une nouvelle victime potentielle qui, heureusement pour elle, lui a posé un lapin. L'identité de cette personne reste inconnue.

Plus d'informations dans notre flash de 11h00…

 

Bruxelles, 08h55 (source MV-news)

18:04 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : meurtre, web, fantastique |  Facebook |

02.01.2007

Demain

Dans la nuit toute théorique, la lune brille comme un soleil pâle. Sa clarté a attiré dans la rue la plupart des habitants de ma rue. Certains pleurent en tenant leur famille serrée contre leur sein, d'autres donnent l'impression de dominer la situation, examinant le ciel avec un intérêt purement scientifique.

 

Dans l'instant, des idées saugrenues me traversent l'esprit. Est-ce que l'on peut bronzer sous cette lumière lunaire?

D'inquiétantes lueurs boréales traversent le ciel, et une couronne claire cerne l'horizon. Cela ne durera plus très longtemps. Je frissonne en pensant aux habitants de l'autre hémisphère, particulièrement ceux qui vivent dans des régions de plaine. Ils n'auront pas trouvé d'abri. Que deviennent ceux qui se sont abrités au plus profond des gouffres et des mines?

 

Le vent se lève, j'ai même l'impression que la terre frissonne. Il n'y aura pas de demain. Le ciel tout entier est en train de s'illuminer. A l'Est un cordon de feu double l'horizon, je cours me réfugier à l'abri des maisons. Un dernier lever de Soleil, mais personne n'est à même de le contempler car il brûle instantanément la rétine.

 

On entend des coups de feu. Certains déjà préfèrent se donner une mort rapide que d'attendre la vague mortelle qui bientôt déferlera. D'autres se sont endormis dans la grâce d'un sommeil létal, serrant encore les tablettes qui apportent la délivrance de la peur.

 

Je n'envie pas ceux qui ont été choisis pour se réfugier dans les abîmes, car ils ne survivront pas, ou alors il survivront pour mourir sur une Terre stérile et calcinée.

NovaSun

 

Je ne vois plus rien, tellement la lumière est intense. La terre tremble, le vent devient flamme.

 

Il n'y aura plus jamais de demain.

19:51 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

31.12.2006

La Tour

L'escalier de la tour est taillé dans la pierre. Du granit aux reflets bleutés, mais presque noir là où les pas des visiteurs ont poli les marches. La tour est carrée et très large, l'escalier compte de courtes volées de douze marches, entrecoupées de paliers carrés. Les coins de ces paliers, le long des murs, est recouvert d'une couche épaisse de poussière bien plus épaisse que sur le reste du sol. Parfois on y voit quelques détritus, les reliefs momifiés du repas d'un des visiteurs. En tout cas, c'est ce qu'il a vu dans les étages inférieurs.

stone-stairs copie

Cela fait maintenant 5 jours qu'il monte ces escaliers diaboliques. En-dessous de lui il entend le bruit de l'eau qui monte, doucement mais sûrement, le bruit d'une marée qui ne descendra jamais.

Il est épuisé. Il n'a plus ni eau ni nourriture depuis ce matin, et n'a pu dormir que quelques heures avant d'être éveillé par l'eau qui déjà l'avait rejoint. L'effort fourni pour prendre un peu d'avance sur la marée a été fourni en vain, car ce bref somme ne lui a pas rendu mes forces. Il a repris tant bien que mal son ascension, dans une pénombre de plus en plus glacée. Il fait vraiment de plus en plus froid, ce qui lui laisse croire que ces escaliers montent vraiment. Mais vers quoi, vers qui?

La faible clarté dispensée par les étranges meurtrières semble toujours plus forte au-dessus de lui, dans les étages supérieurs. Un coup d'œil discret en se penchant au-dessus de l'abîme au centre de la tour l'en a persuadé. Mais la clarté semble également diminuer à mesure de son escalade. Il a essayé d'atteindre et de briser le verre translucide et jaunâtre qui obture ces longues ouvertures étroites, mais en vain. Les ouvertures sont trop hautes et trop profondes, et il ne dispose d'aucun outil assez lourd pour ébranler cette matière. Ses tentatives l'ont par ailleurs fait perdre du temps, alors que l'eau ne cesse de monter, encore et toujours, en vaguelettes régulières qui avalent lentement mais implacablement les marches.

Il ne pense pas pouvoir tenir encore longtemps.

Il a imaginé se construire un radeau ou une bouée qui lui eut permis de flotter et de laisser cette eau noire et légèrement écumeuse le porter vers le sommet, mais il n'a rien sur lui qui puisse faire l'affaire, et n'a rien trouvé non plus parmi les quelques objets abandonnés par ses prédécesseurs. Et d'ailleurs, cette eau est glacée, il n'y survivrait sans doute pas bien longtemps.

Va-t-il persévérer, lutter jusqu'au bout, pour se laisser avaler lentement, à bout de forces, dans une froide et mortelle étreinte? Ou va-t-il s'élancer de plus haut, à la recherche d'une noyade plus rapide?

Il ne comprend pas comment les autres ont pu monter sans être poursuivis par l'eau. Il ne comprend pas pourquoi c'est lui que cette eau poursuit. Il en vient à se demander si c'est l'eau qui monte ou si c'est la tour qui sombre lentement. Et quelle peut être la hauteur de cette tour? Quel homme, quel dieu dément a pu concevoir ce piège? Qui a pu le construire, en contradiction la plus totale avec la logique humaine et les règles élémentaires de l'architecture, comment cette pierre massive ne s'écrase-t-elle pas sous son propre poids?

Il est trop fatigué pour essayer de trouver une réponse à ces questions. Seule la peur de la mort le pousse encore à marcher, à grimper encore, marche après marche, les jambes tremblantes de fatigue. Et la mort le poursuit, il l'entend qui lèche les parois de la tour, toujours plus proche.

Il crie encore une fois, appelle, dans l'espoir que quelqu'un, plus haut lui apportera au moins le réconfort de savoir que cette tour a un sommet, que son ascension a un but. Personne ne répond. Autour de lui, au-dessus de lui, sous lui, il n'y a rien d'autre que la tour.

10:31 Écrit par Le Vieux dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la tour |  Facebook |